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lundi 14 août 2017

Jedbalak

Jedbalak : Safar
(2017 - autoproduction)
Quatuor italien se produisant parfois en trio sur scène, Jedbalak est de ces groupes qui empruntent au passé et posent leur patte sur la tradition, s'en imprégnant et la faisant revivre aujourd'hui avec un style qui nous la rend audible malgré nos habitudes formatées par les sonorités actuelles.
De jazz-rock en transe gnawa, de longues plages de rock progressif en boucles plus traditionnelles, la formation nous entraîne avec un rare talent dans des contrées lointaines et nous les offre en mêlant le passé et l'actuel.
Si les morceaux sont relativement courts, (1) il n'est pas rare que le pont soit fait avec le suivant. Le quatuor pourrait se permettre avec bonheur d'étirer chacun d'eux.
Le pont étant d'ailleurs tout symbolique dans la démarche de ce brillant groupe. (2)
Pour dire : je n'arrive pas à m'en sortir...

L'album : Safar.

Musiciens :
Abdullah Ajerrar : Guembri, chant, qraqeb
Gianluca Sia : mandoline, saxophone soprano, claviers
Mimmo Mellace : batterie, tar (qu'il ne faut surtout pas confondre avec le târ), bendir
- Nico Canzoniero : basse, synthétiseurs, saz, kalimba, programmation

(1) N'excédant pas six minutes trente et faisant le plus souvent trois à cinq minutes.
(2) Le mieux étant de lire ce qu'ils en disent eux-mêmes sur la page Bandcamp de l'album (l'origine des morceaux y figure également), les renseignements sont pour ainsi dire inexistants sur la toile.

mercredi 2 août 2017

Le Dernier chasseur de sorcières

James Morrow : Le Dernier chasseur de sorcières
The Last Witchfinder (2003)
éd. Au diable vauvert, 2003
trad. Philippe Rouard, couv. rampazzo.com

En 1688, Jennet, fille d'un célèbre chasseur de sorcières, a douze ans. Sa tante Isobel, grande admiratrice de Newton, se voit accusée de sorcellerie parce qu'elle a réussi à expliquer des phénomènes naturels tenus jusque-là pour divins. Jennet part à Cambridge dans l'espoir de convaincre Newton de venir témoigner à son procès. Mais Isobel est condamnée au bûcher et Jennet jure de consacrer sa vie à l'abolition de la loi contre la sorcellerie...
À la fois biographie fictive, récit épique et « exercice d'apologétique newtonienne », ce roman, raconté à la première personne par le propre livre d'Isaac Newton, Les Principes mathématiques de philosophie naturelle, nous emmène aux origines de la rationalité occidentale, à une époque où cohabitent dévots obscurantistes brûleurs de sorcières et premiers scientifiques... Un cocktail détonant d'érudition et de fantaisie, une irrésistible relecture de notre histoire philosophique.
Si James Morrow s'amuse à prêter une âme aux livres et donne ici un rôle de narrateur à l'œuvre maîtresse d'Isaac Newton, (1) ce sont bien là les uniques éléments Fantastiques de ce roman avant tout philosophique. Cependant, à lui seul, cet artifice littéraire donne une indication précise sur les intentions de l'auteur, éclaire à la fois son propos et le regard qu'il pose sur le monde en général.
Bien plus qu'une simple charge féroce contre l'obscurantisme (2) dont ont souffert un nombre effarant d'humains qui ne demandaient rien de plus que de vivre en bonne intelligence avec leurs semblables, Le Dernier chasseur de sorcières est ici l'occasion pour l'auteur d'aligner toutes sortes de considérations au sujet de l'absurdité de notre monde. Pourtant, s'il le fait, ce n'est jamais en laissant percer une colère qui serait toute légitime mais en usant d'un humour décapant et d'une ironie mordante tout en ayant un regard plein de bon sens et d'humanité bienveillante. (3)
À la lecture de ce roman, il m'a semblé que Jennet devait tout aux deux livres que lui lègue sa tante Isobel avant d'être brûlée pour sorcellerie. Celui écrit par Newton mais également celui dont elle est l'auteur : Plaisirs et douleurs dans le jardin de la femme. (4) À mon sens, ce sont ces deux livres qui permettent à Jennet de traverser le monde et ses embûches, lui procure l'équilibre indispensable pour atteindre l'objectif qu'elle s'est fixé.
James Morrow semble avoir une immense considération pour les livres et ce qu'ils transmettent. Sans perdre de vue que, sans l'esprit de leurs lecteurs, certains peuvent tout aussi bien nourrir l'obscurantisme qu'éclairer intelligemment le monde.
Un immense auteur.

(1) Quelques précisions ici, pour ceux que ça intéresse.
(2) Qu'il soit issu de convictions délirantes ou, pire, simple prétexte à d'aussi abjects qu'égoïstes buts.
(3) Précision voulue de ma part, l'humanité, pour diverses raisons, ne l'étant pas si souvent.
(4) Un manuel d'éducation sexuelle que chaque parent avisé devrait laisser traîner partout chez lui. Si James Morrow ne s'étend pas plus que ça sur le contenu de cet ouvrage fictif, ce dernier est sans le moindre doute indispensable, voire vital.

dimanche 16 juillet 2017

L'Enfance rouge

L'Enfance rouge : Bar - Bari
(2011 - Les Disques de plombs)
Découverts tout récemment et avec un grand bonheur, les franco-italiens (1) de L'Enfance rouge font partie de ces groupes qui nous font regretter d'avoir ignoré leur existence si longtemps.
Si le trio nous offre une musique résolument rock, d'un premier abord difficile, c'est vers celui qui est écorché, tourmenté, viscéralement révolté, à vif, porteur de douleur, de questions et d'urgence qu'elle penche. (3)
Et si la voix de Bertrand Cantat est présente sur l'un des titres de cet album (4) ou que d'autres peuvent rappeler la force hypnotique du groupe The Young Gods, c'est presque toujours vers Sonic Youth que nous ramène le groupe.
Néanmoins, de nombreuses vidéos sur YouTube montrent L'Enfance rouge accueillir des musiciens usant d'instruments traditionnels dans un mélange bienvenu d'influences radicalement différentes. (5)
L'album : Bar - Bari.

Musiciens :
François R. Cambuzat : guitare, voix
Chiara Locardi : basse, voix
Jacopo Andreini : batterie

(1) Localisés à Tunis selon la page Bandcamp qui présente leur dernier disque. (2)
(2) À cette heure, celui-ci n'a pas encore été publié et, si Bandcamp nous laisse écouter deux, voire trois fois l'album, le prix indiqué est bien trop élevé pour acheter la version numérique. Nous pouvons néanmoins l'écouter.
(3) Une musique qui porte un engagement évident et une démarche dont L'Enfance rouge parle abondamment sur son site.
(4) Un passage du texte de « Tostaky », surprenant et bien amené.
(5) Les membres de L'Enfance rouge sont également allés étudier les formes de la musique orientale. (source)

samedi 17 juin 2017

Le Regard

Ken Liu : Le Regard
The Regular (2014)
éd. du Bélial', Une Heure Lumière, 2017
trad. Pierre-Paul Durastanti, couv. Aurélien Police

Demain.
Dans son registre, celui de l'investigation, Ruth Law est la meilleure. D'abord parce qu'elle est une femme, et que dans ce genre de boulot, on se méfie peu des femmes. Parce qu'elle ne lâche rien, non plus, ne laisse aucune place au hasard. Enfin, parce qu'elle est augmentée. De manière extrême et totalement illégale. Et tant pis pour sa santé, dont elle se moque dans les grandes largeurs - condamnée qu'elle est à se faire manipuler par son Régulateur, ce truc en elle qui gère l'ensemble de ses émotions, filtre ce qu'elle éprouve, lui assure des idées claires en toutes circonstances. Et surtout lui évite de trop penser. À son ancienne vie... Celle d'avant le drame...
Et quand la mère d'une jeune femme massacrée, énuclée, la contacte afin de relancer une enquête au point mort, Ruth sent confusément que c'est peut-être là l'occasion de tout remettre à plat. Repartir à zéro. Mais il faudra pour cela payer le prix.
Le prix de la vérité libérée de tout filtre, tout artifice. Tout regard...
La publication précédente de l'auteur en France, L'Homme qui mit fin à l'Histoire, situait son texte dans un futur proche. Avec Le Regard, Ken Liu fait de même et, à mon sens, toujours dans un soucis d'étudier les difficultés de communication entre humains, ajoute ces barrières des plus difficiles à franchir que sont les émotions et les sentiments qui nous traversent, qui influencent grandement la moindre de nos prises de décisions et, de fait, la moindre de nos actions.
Comme dans ses textes précédents, et comme beaucoup d'autres avant lui, (1) l'écrivain emprunte à la SF les ingrédients nécessaires et contextualise efficacement sont histoire pour traiter son sujet avec finesse.
Si l'évocation d'un monde capable de vivre en faisant totalement abstraction de ses émotions et sentiments est glaçante, elle présente curieusement des aspects qui méritent qu'on s'y attarde. Quel serait le visage du monde si l'humanité décidait que celui-ci n'engendre plus colère, ressentiment, jalousie, peine, douleur et autres plaies internes ? Lorsqu'on voit le nombre de personnes qui tentent de nos jours de ne plus ressentir ces dernières, (2) je crois que c'est une question que beaucoup d'entre elles se posent.
Le contexte cyber et celui d'enquête policière servant de fond au propos ne sont que peu développés. S'il m'a semblé comprendre que ce n'est pas là que Ken Liu voulait attirer ses lecteurs, c'est pourtant le reproche le plus grand et et le plus fréquent qui semble lui être fait : cette nouvelle n'a pas les attributs d'un roman.
Je manque peut-être d'objectivité quand il s'agit de cet auteur mais il est à mon sens l'un des plus intéressants à lire ces derniers temps. (3)
Pour reprendre les termes d'une amie lorsqu'elle eut lu La Ménagerie de papier, L'Homme qui mit fin à l'Histoire et quelques entretiens (4) avec Ken Liu :
« Il est incroyable, ce type ! ».

(1) Ne manquez pas la lecture intégrale de La Grande Anthologie de la SF, elle regorge de nouvelles de cette ampleur.
(2) De manière légale ou non.
(3) Mais ça devrait être bientôt à Ted Chiang de servir, si je ne fais pas erreur.
(4) Entre autres, également disponibles à la lecture ou l'écoute sur cette page.

mercredi 14 juin 2017

Jambinai

Jambinai : A Hermitage
(2016 - Bella Union / PIAS)
Second disque (1) de ce trio (2) Coréen, A Hermitage est l'un de ces albums qui déroutent et trouvent difficilement une étiquette unique même si la plus évidente serait celle du rock, bien que d'autres parlent de post-rock, de musique traditionnelle, d'electro et de metal. (3)
Le fait est que tous ces styles sont bel et bien présents dans la musique de Jambinai et, passée la forte surprise de la première écoute, la fusion de l'ensemble fini par paraître naturelle.
Ici, nous entendons de longues plages lancinantes qui succèdent à des chants incantatoires, des voix saturées qui discourent sur de très violentes explosions sonores, de lentes mélodies mélancoliques qui entrecroisent des séquences d'electro ou d'un rock des plus bruitistes (4) et, aspect le plus surprenant, une quasi omniprésence d'instruments traditionnels que l'on n'entend que fort rarement dans les musiques actuelles.
Un « joyeux » (5) mélange bienvenu et difficilement apprivoisable qui appelle de multiples écoutes.

L'album : A Hermitage.

Musiciens permanents et de concerts:
Kim Bo-mi : haegeum
Lee Il-woo : guitare, piri, taepyeongso, chant
Sim Eun-yong : geomungo
Ryu Myung-Hoon : batterie
Choi Jae-hyuk : batterie
Ok Ji-hoon : basse
Yu Byeong-koo : basse

(1) Differance (2012) étant le premier, tout aussi bon à mon sens, peut-être un peu moins explosif dans les moments forts.
(2) Configuration de studio, car un bassiste et un batteur viennent compléter la formation en concert lorsque la salle le permet.
(3) Jambinai s'est d'ailleurs produit au Hellfest.
(4) Séquences d'accordage, diront les plus mauvaises langues.
(5) Joyeuse, la musique de Jambinai ne l'est pourtant pas, et de loin...

mardi 18 avril 2017

Tigran Hamasyan

Tigran Hamasyan : An Ancient Observer
(2017 - Nonesuch Records)
Pour ce huitième album, le génial pianiste arménien revient vers le jazz mais de manière plus sobre que dans Mockroot (2014). (1)
Ici, à l'exception de mélodies chantées ou de rythmes également effectués vocalement, c'est au piano et à la dextérité de l'artiste que revient la part belle.
Cependant, Tigran Hamasyan est loin de renier ses autres influences et prend un plaisir évident à les mêler toutes.
Si l'« aspect rock » de sa musique est moins frappant, l'influence de la tradition arménienne ne cède pas un pouce de terrain, quelques effets (2) venant s'ajouter et le talent de composition de l'auteur en font une chose reconnaissable entre toutes.
L'une de celles qui me semblent les plus intéressantes et enthousiasmantes actuellement.
(3)
Un exemple : The Cave of Rebirth.

Musicien :
Tigran Hamasyan : piano, chant, synthétiseurs, Fender Rhodes, effets

(1) Luys I Luso (2015), l'album précédent celui-ci, quant à lui, se penchait sur la musique sacrée arménienne (plus de renseignements ici).
(2) Principalement sur la voix.
(3) Au risque de me tromper, à l'écoute d'un de ces nouveaux titres, il m'a semblé reconnaître des variations autour de mélodies d'un précédent. Il s'agit de « Nairian Odyssey » (sur cet album, donc) et de « The Glass-Hearted Queen » (que l'on trouve sur Red Hail d'Aratta Rebirth, le groupe de Tigran Hamasyan.

vendredi 3 mars 2017

Funk Factory

Funk Factory : Funk Factory
(1974 - Atlantic)
Si on m'avait cité ce groupe sans que je n'entende auparavant, par le plus grand des hasards, (1) ces 5,16 minutes de pur bonheur, j'aurais probablement eu la même réaction que les personnes auxquelles je le cite aujourd'hui. Le seul énoncé de ce groupe provoque systématiquement un « houlà » suivi d'un soupir entendu. Premier indice qu'il ne l'a pas été.
Unique album de ce groupe américain, Funk Factory propose l'un des meilleurs jazz-rock qu'il m'ait été donné d'entendre. Un pur joyaux qui peut aisément se ranger aux côtés de Spectrum ou de Head Hunters, pour rester dans ce style « afro-américain ». (2)
Cerise sur le gâteau, pour peu qu'on s'y penche : cet unique album en cache des dizaines puisque nous y retrouvons, entre autres, Michal Urbaniak et Urszula Dudziak, tous deux nés en Pologne en 1943 et respectivement auteurs de 44 et 22 albums, (3) tout en ayant joué avec de grands noms. (4)
Et s'ils jouent dans cet album, ils en sont également les producteurs.
L'album : Funk Factory.

Musiciens :
Michal Urbaniak : saxophones, violon
Urszula Dudziak : voix, percussions, synthétiseur
Bernard Kafka : voix
Wlodek Gulgowski : claviers, piano, Moog
Anthony Jackson : basse
Steve Gadd : batterie
Barry Finnerty : guitare
Gerald Brown : batterie
B. K. Singers : voix
Irene Howard : voix
Tony Levin : basse
John Abercrombie : guitare
(B. K. Singers : Laura Tequila Logan, Ann Tripp, Bill Ruthenberg et Bernard Kafka)

(1) Merci FIP, c'était un matin vers 10h00 dans une camionnette de La Poste, il y a quelques années (et j'ai signé la pétition).
(2) J'assume.
(3) Ce sont les chiffres donnés sur les pages de Wikipédia, mais la discographie de Michal Urbaniak est simplement impressionnante.
(4) Comme Bobby McFerrinBilly CobhamChick CoreaGeorge BensonHerbie HancockLarry CoryellMarcus MillerQuincy JonesRon CarterWayne Shorter et Weather Report, pour ceux que je connais.

lundi 21 novembre 2016

Briqueville

Briqueville : Briqueville
(2014 - ?)
Premier du quintette belge, cet album de rock (1) pouvant n’apparaître que comme lourd, répétitif et hypnotique, se révèle d'une richesse bien plus étendue, prouvant davantage à chaque écoute qu'il est très minutieusement composé.
Si la noirceur de sa musique est constante et permanente, tout le reste n'est que perpétuel changement, tant dans les textures que dans les rythmes et les mélodies. Les deux aspects du groupe, metal et machines, loin de se faire contrepoint, se mêlent et se soutiennent ou se répondent. Certaines ambiances et certains samples empruntent ouvertement aux musiques du monde et au passé, ajoutant aux mélanges déjà présents.
Le second album, justement appelé II (2017), bien que démarrant d'emblée en atomisant l'auditeur, offre la même richesse et la même complexité musicale.
Une véritable surprise.
Les albums : Briqueville et II. (2)

Musiciens : (3)
- A : guitare
- B : guitare, voix
- C : basse, voix
- D : batterie
- E : samples, voix, percussions, claviers, bruitages...

(1) De doom metal Progressif, diront certains, ce qui est aussi sensé que réducteur.
(2) Je peux me tromper mais je recommande une écoute intégrale et dans l'ordre, le tout n'étant pas loin de former un... tout(4)
(3) Je n'en sais rien au bout du compte, le groupe ayant choisit l’anonymat et les vidéos vues sur YouTube n'aidant pas beaucoup...
(4) La puce mise à l'oreille par cette critique, il semblerait que les morceaux aillent par deux. Si « I » et « II » du premier album ne présentent pas de coupure, il en va de même pour « III » et « IV ».
Quant au second album, il ne présente que trois titres mais le dernier pèse ses 19,37 minutes et aurait aussi bien pu s'appeler Aktes « VII » & « VIII ».

dimanche 20 novembre 2016

Al Foul

Al Foul : Keep The Motor Running
(2012 - Al Foul)

Jouer du rock sans tomber dans la surenchère de la saturation ou autres effets sonores est une chose rare de nos jours (1) mais c'est pourtant ce que fait Al Foul, musicien originaire d'Arizona.
Ici, pas d'effets (ou très peu) donc, mais un guitariste des plus convaincants à la voix très expressive et intéressante.
S'il se fait accompagner par d'autres musiciens, (2) il est parfois présenté comme un one man band et, à mon sens, incarne à lui seul ce qu'il laisse entendre : la plus simple expression d'un rock (3) très énergique, authentique et sincère qui nous renvoie sans coup férir aux racines du genre.
Et qui gagne beaucoup à être vu en concert ! (4)
Un exemple : L'album. (5)

Musicien et invité :
Al Foul : voix, guitare, grosse caisse, « planche »
Naim Amor : guitare (6)

(1) Je ne dénigre pas la surenchère, je dis juste que l'inverse est assez rare pour être noté.
(2) Ce qui était le cas le soir où je l'ai découvert, par Laurent Allinger, apportant quelques effets sonores ne me paraissant pas indispensables si ce n'est pour le plaisir de voir et entendre un thérémine, instrument incongru et bienvenu dans ce style de musique.
(3) Rockabillycountry-rock...
(4) J'ai pu lire ici et là des avis inverses. J'en conclue que certains devraient davantage faire la part des choses ou écouter mieux...
(5) La lecture commençant au troisième morceau, ne ratez pas les deux premiers (Keep The Motor Running et I Wanna Know) qui sont juste extraordinaires !
(6) Sur Keep The Motor Running, Baby Clothes And Dishes For Sale et Memphis.

mardi 13 septembre 2016

L'Homme qui mit fin à l'Histoire

Ken Liu : L'Homme qui mit fin à l'Histoire
The Man Who Ended History : A Documentary (2011)
éd. du Bélial', Une Heure Lumière, 2016
trad. Pierre-Paul Durastanti, couv. Aurélien Police

Futur proche.
Deux scientifiques mettent au point un procédé révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée, pour une seule et unique personne, et sans aucune possibilité pour l'observateur d'interférer avec l'objet de son observation. Une révolution qui promet la vérité sur les périodes les plus obscures de l'Histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d'État.
Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le général Shiro Ishii, l'Unité 731 se livra à l'expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d'un demi-million de personnes... L'Unité 731, à peine reconnue par le gouvernement japonais en 2002, passée sous silence par les forces d'occupation américaines pendant des années, est la première cible de cette invention révolutionnaire. La vérité à tout prix. Quitte à mettre fin à l'Histoire.
Si La Ménagerie de papier, recueil de nouvelles du même auteur également paru aux Éditions du Bélial', m'avait déjà convaincu qu'il était indispensable de lire ce dernier, le présent texte accentue ce sentiment, si faire se peut. (1)
Construisant sa nouvelle autour d'un fait historique assez méconnu sous nos latitudes, l'existence de l'Unité 731 et les atrocités auxquelles elle s'est livrée, (2) Ken Liu ne délaisse pas pour autant ses sujets de prédilections : l'immense difficulté que l'être humain peut éprouver à comprendre ce qui l'entoure et, pis encore, sa presque incapacité à se faire comprendre de ses semblables. Ici, ces manques font réellement figure de handicaps insurmontables et laissent penser qu'il ne peut pas exister de solution satisfaisante. (3)
Du fait de ses origines, (4) il est facile de deviner que le sujet traité revêt une importance toute particulière pour Ken Liu. Pourtant, loin de placer son texte sous l'éclairage de l’apitoiement ou du règlement de compte, il parvient à conserver une certaine neutralité pour exposer ses idées en leur ôtant ces filtres paradoxalement « futiles » et justifiés, ne donnant que plus d'impact à celles-ci.
Parvenir à aborder un tel sujet avec autant de subtilité, de finesse et de retenue relève, à mon sens, du véritable tour de force, ce qui ne fait qu'augmenter le profond respect que j'éprouvais déjà pour ce type.
Pour finir, n'apportant généralement pas d'importance à la forme d'un texte, (5) j'ai néanmoins été interpellé par celle-ci. Ici, étant celle d'un documentaire, elle permet à l'auteur de présenter nombre d'avis différents sans pour autant avoir à décrire une trop importante quantité de personnages et donnant à l'ensemble un grand réalisme.
Il me semble que nous tenons là un véritable chef-d'œuvre qui fait de Ken Liu non plus un auteur à surveiller de près mais bel et bien à traquer.
Et pour répondre à la question de l'auteur dans son avant-propos à La Ménagerie de papier : oui, après lecture de ses textes, l’univers est effectivement « un peu plus doux, un peu plus chaud, un peu plus brillant, bref, un peu plus humain. »
Merci.

(1) Cerise sur le gâteau : il améliore de beaucoup, à mes yeux, la qualité globale de la toute jeune collection Une Heure Lumière de cet éditeur dont les premiers opus ne m'avaient pas pleinement satisfait (bien qu'ayant une nette préférence pour Le Choix, de Paul J. McAuley).
(2) Dont j'ignorais tout avant la lecture de ce texte, je vous laisse le « loisir » de vous documenter par vous-mêmes sur l'une des facettes les plus sombres de l'Histoire humaine.
(3) Quand bien même le mensonge et la mauvaise foi (ou tout simplement l'aveuglement) seraient exempts du dialogue, ce qui est rarement voire jamais le cas lorsque le sujet est trop horrible pour que quiconque puisse le comprendre ou l'assumer. C'est en cela que ce texte m'a véritablement éprouvé : inaptes à comprendre et assumer les erreurs passées, « nous » sommes condamnés à toujours les reproduire.
(4) Né en Chine et vivant aux États-Unis depuis l'âge de onze ans.
(5) Pensant que je n'ai tout d'abord pas les outils nécessaires à cette analyse et préférant par goût me concentrer sur les idées transmises.